Blog / Disponibilité du papier Arches Platine

dimanche 9 janvier 2011

Mise à jour, août 2012 : le texte ci-dessous date de janvier 2011 et reflète la situation à l’époque. Le papier Arches Platine est à nouveau parfaitement disponible sur le marché, pour le plus grand bonheur des amateurs de procédés anciens.

Par ailleurs, la papeterie d’Arches a été vendue par Sequana-ArjoWiggins au groupe papetier suédois Munksjö lors du premier semestre 2011.

Les papiers d’Arches sont toujours distribués mondialement par Canson (groupe Hamelin).

Le papier Arches Platine, fabriqué dans les Vosges par le Moulin d’Arches, filiale du groupe papetier ArjoWiggins, est actuellement indisponible auprès de ses grossistes. Tous les stocks sont épuisés.

Les vendeurs avec lesquels j’ai pris contact au Canada comme aux États-Unis, dont la maison Bostick et Sullivan à Santa-Fe (Nouveau-Mexique) qui pense écouler 90% de la production totale de ce papier, m’ont tous affirmé qu’ils n’espéraient aucune livraison de la part d’ArjoWiggins avant le mois de mars, et ce, sans certitude aucune.

Ce papier, spécialement créé pour les tirages platine et palladium en collaboration avec le tireur anglais Martin Axon, constitue un marché confidentiel et n’est sans doute pas un enjeu stratégique pour une société comme ArjoWiggins. Un papetier artisanal avec lequel je m’entretenais du problème m’a raconté avoir croisé dans un salon professionnel un cadre d’ArjoWiggins qui ignorait que son entreprise produisait des papiers d’art de ce genre. C’est dire l’intérêt porté par les grands groupes papetiers pour ces marchés de niche…

Selon certaines informations, le dernier “batch” de Platine a été réalisé il y a plus de six mois et cette fabrication aurait souffert de problèmes de régularité de la qualité. J’ai pour ma part rencontré des inconsistances d’encollage et parfois des impuretés dans la pâte. Cela étant dit, tous les tireurs savent qu’aucun industriel n’est capable de proposer une qualité constante de fabrication et que les papiers destinés à la photographie figurent parmi les plus exigeants à fabriquer. Une variation de composition qui pourrait être sans conséquence notable pour un aquarelliste peut se transformer en catastrophe pour un platinotypiste.

Cette indisponibilité et ces problèmes de qualité, qui sont possiblement liés, sont d’autant plus regrettables que ce beau papier est probablement le meilleur pour le platinotype. Selon Bostick et Sullivan, Martin Axon collaborerait à nouveau avec le Moulin d’Arches pour tenter de résoudre les problèmes de fabrication et d’améliorer la formulation. Mais il nous faudra encore attendre avant d’être assurés qu’il y ait une vraie volonté de résoudre ces problèmes et d’alimenter le marché, ou si le Arches Platine rejoindrait la longue cohorte des grands papiers disparus. Au cas où un nouveau lot venait sur le marché sans répondre aux attentes des tireurs, la plupart des grossistes m’ont indiqué qu’ils ne stockeraient plus cette référence, ce qui serait à coup sûr un arrêt de mort.

En attendant, mon propre stock d’Arches Platine s’épuise et il me faut trouver une alternative si je veux continuer mon activité. J’ai testé à peu près tous les papiers utilisés par mes confrères (Rives BFK, Lana Aquarelle, Stonehenge, Strathmore, etc.) mais aucun ne m’a donné avec mon procédé le niveau de qualité que j’obtiens avec le papier d’Arches. J’attends cependant une livraison de Buxton du moulin Ruscombe (Margaux, France), un papier qu’il me reste à essayer. Il a été conçu en collaboration avec Mike Ware, une référence qui m’autorise à avoir certaines espérances dans ce papier.

Reste le cas du COT-320 commercialisé par la société de produits photographiques Bergger en France. Ce qui me gêne dans ce papier est, outre son prix très élevé, l’obscurité de son origine — Bergger ne communiquant pas sur ses fournisseurs. Les caractéristiques techniques annoncées sont identiques à celles du Arches Platine (“320 g/m2, 100% coton, blanc naturel, sans azurant”). Un examen attentif (en lumière rasante, par transparence, mouillé, etc.) montre également une similitude troublante entre les deux papiers (les grains des deux faces sont par exemple identiques à ceux du Platine).

L’hypothèse la plus plausible est que le COT-320 est également fabriqué par le Moulin d’Arches. Ce n’est toutefois pas tout à fait le même papier que le Platine (en tout cas pour les feuilles que je possède) car il me donne des résultats décevants, avec des gris granuleux et des noirs piqués de blanc et qu’il réclame une exposition plus longue. J’imagine qu’il doit y avoir une différence d’encollage puisqu’un bain d’un quart d’heure dans une solution d’acide citrique me permet de retrouver des qualités de rendu très proches de celles du Arches Platine. Ou bien encore, mon COT-320 est issu de feuilles de Platine défectueuses…

Je travaille également avec un petit papetier sur la possibilité d’obtenir un papier répondant aux exigences de la Galerie du Cabestan, mais cela est un lent processus.

Les problèmes de papiers (approvisionnement, constance dans la qualité) sont l’épine dans le pied de tous ceux qui pratiquent les techniques de “photographie alternative” et la source de contrariétés permanentes.

Filigrane du papier Arches Platine

Arches